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Date de création : 27.01.2012
Dernière mise à jour : 26.07.2024
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Baudelaire poète maudit Michel Teston

Sarah, poème de Baudelaire

Publié le 31/10/2019 à 10:06 par teston Tags : google hiver coeur livres jeune dessous aime texte centerblog sur bonne moi photo chez fond fille air dieu nuit femme
 Sarah, poème de Baudelaire

                                             Photo de Charles Baudelaire par son ami Nadar  

 

Suite à la chanson rendue célèbre interprétée par Serge Reggiani, voici le texte original de  Baudelaire. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cette poésie ne fait pas partie des premières éditions des "Fleurs du Mal", même si certains éditeurs l'ont surajoutée par la suite. Elle est publiée pour la première fois à titre posthume en 1875 en tant que "Poésies diverses".

Sarah était une fille qui a eu une grande influence sur Baudelaire, encore très jeune, on peut la discerner dans plusieurs de ses poèmes. Contrairement à ce qu'on pourrait croire elle était, a-t-on dit, très jolie. On la surnommait "la louchette" parce qu'elle avait un léger strabisme qui est un gage de séduction d'après les spécialistes du charme.

Par ce phénomène d'empathie qu'on trouve chez Baudelaire et aussi du fait que les prostituées de l'époque étaient beaucoup plus méprisées qu'aujourd'hui, l'auteur, qui a socialement un peu honte de lui-même et de Sarah, la dépeint dans une première partie avec dépréciation, mais au deuxième degré et surtout à la fin, il se reconnaît en elle en tant qu'âme sœur, "femme damnée" qu'on aime, "albatros" persécuté ou en tant que poète maudit et autres thèmes baudelairiens. Il l'aime et il tient à elle comme à la prunelle de ses yeux, si on peut dire. Baudelaire n'avait pas intitulé cette poésie, on devrait donc l'intituler comme certains poèmes de Du Bellay, par les premiers mots du poème avec des points de suspension: "Je n'ai pas pour maîtresse..."  ou encore "Sarah" et non pas "Sarah, la louchette" car Baudelaire n'a jamais employé ce dernier mot plutôt péjoratif pour une femme qu'il adorait comme en témoigne le poème. 

 

 


Sarah

 

Je n'ai pas pour maîtresse une lionne illustre:
La gueuse de mon âme, emprunte tout son lustre
Invisible aux regards de l'univers moqueur,
Sa beauté ne fleurit que dans mon triste cœur.

 

Pour avoir des souliers elle a vendu son âme.
Mais le bon Dieu rirait si, près de cette infâme,
Je tranchais du Tartuffe et singeais la hauteur,
Moi qui vends ma pensée et qui veux être auteur.

 

Vice beaucoup plus grave, elle porte perruque.
Tous ses beaux cheveux noirs ont fui sa blanche nuque,
Ce qui n'empêche pas les baisers amoureux
De pleuvoir sur son front plus pelé qu'un lépreux.

 

Elle louche, et l'effet de ce regard étrange
Qu'ombragent des cils noirs plus longs que ceux d'un ange,
Est tel que tous les yeux pour qui l'on s'est damné
Ne valent pas pour moi son œil juif et cerné.

 

Elle n'a que vingt ans, la gorge déjà basse
Pend de chaque côté comme une calebasse,
Et pourtant, me traînant chaque nuit sur son corps,
Ainsi qu'un nouveau-né, je la tête et la mords,

 

Et bien qu'elle n'ait pas souvent même une obole
Pour se frotter la chair et pour s'oindre l'épaule,
Je la lèche en silence avec plus de ferveur
Que Madeleine en feu les deux pieds du Sauveur.

 

La pauvre créature, au plaisir essoufflée,
A de rauques hoquets la poitrine gonflée,
Et je devine au bruit de son souffle brutal
Qu'elle a souvent mordu le pain de l'hôpital.

 

Ses grands yeux inquiets, durant la nuit cruelle,
Croient voir deux autres yeux au fond de la ruelle,
Car, ayant trop ouvert son cœur à tous venants,
Elle a peur sans lumière et croit aux revenants.

 

Ce qui fait que de suif elle use plus de livres
Qu'un vieux savant couché jour et nuit sur ses livres,
Et redoute bien moins la faim et ses tourments
Que l'apparition de ses défunts amants.

 

Si vous la rencontrez, bizarrement parée,
Se faufilant, au coin d'une rue égarée,
Et la tête et l'œil bas comme un pigeon blessé,
Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,

 

Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d'ordure
Au visage fardé de cette pauvre impure
Que déesse Famine a par un soir d'hiver,
Contrainte à relever ses jupons en plein air.

 

Cette bohème-là, c'est mon tout, ma richesse,
Ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse,
Celle qui m'a bercé sur son giron vainqueur,
Et qui dans ses deux mains a réchauffé mon cœur.

 

(Charles Baudelaire)

("Poésies diverses" édition posthume, 1875)

 

 

 

Rappel de ma reprise de Serge Reggiani : 

http://teston.centerblog.net/337-sarah-serge-reggiani-cover-teston-poete     

 

 

Quelques-unes de mes reprises : 

"cover teston "  (même si le lien ne marche pas)

 

 

 

Ci-dessous l'audio. Bonne lecture.

                                             

                                             

Sarah, Serge Reggiani cover Teston poète

Publié le 18/10/2019 à 20:08 par teston Tags : hiver search nuit bonne google amour photo belle femme air
Sarah, Serge Reggiani cover Teston poète

        © Teston, photo montage, Serge Reggiani et votre serviteur Michel Teston

 

Voilà une belle chanson de Serge Reggiani que j'ai voulu interpréter en karaoké et qui rappelle les années 68 et suivantes où Serge a subitement réussi dans la chanson après avoir été pendant longtemps un acteur de théâtre  et de cinéma. 

La première fois que j'ai entendu cette chanson, je me suis demandé qui avait écrit le prélude parlé que je trouvais très beau. Eh bien! c'était tout simplement Charles Baudelaire en personne, et Sarah la louchette  (titre du poème) était une prostituée juive qu'il fréquentait et dont il parle dans plusieurs autres de ses poèmes.

Comme le talent appelle le talent, voire même le génie, on n'est pas déçu quand on sait que l'auteur, compositeur et autre interprète de la chanson, n'est autre que Georges Moustaki, lui-même inspiré par Edith Piaf qu'il avait bien connue dans tous les sens du terme... Bonne lecture, bonne écoute.  (M.T.)

 

... Si vous la rencontrez, bizarrement parée,

Se faufilant, au coin d'une rue égarée,

Et la tête et l'œil bas comme un pigeon blessé,

Traînant dans les ruisseaux un talon déchaussé,

 

Messieurs, ne crachez pas de jurons ni d'ordure

Au visage fardé de cette pauvre impure

Que déesse Famine a, par un soir d'hiver,

Contrainte à relever ses jupons en plein air.

 

Cette bohème-là, c'est mon bien, ma richesse,

Ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse...

 

(Charles Baudelaire)

 


Sarah

 

La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps
Les yeux cernés
Par les années
Par les amours
Au jour le jour

La bouche usée
Par les baisers
Trop souvent, mais
Trop mal donnés

Le teint blafard
Malgré le fard
Plus pâle qu'une
Tache de lune

 

La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps
Les seins si lourds
De trop d'amour
Ne portent pas
Le nom d'appas

Le corps lassé
Trop caressé
Trop souvent, mais
Trop mal aimé

Le dos voûté
Semble porter
Des souvenirs
Qu'elle a dû fuir

 

La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps
Ne riez pas
N'y touchez pas
Gardez vos larmes
Et vos sarcasmes

Lorsque la nuit
Nous réunit
Son corps, ses mains
S'offrent aux miens
Et c'est son cœur
Couvert de pleurs
Et de blessures
Qui me rassure


(Georges Moustaki)

 

 

 

Quelques-unes de mes reprises :   

www.google.fr/#q=cover+teston&*&spf=1

 

 

Bonne journée. (M.T.)             

                                 

                             

                                                                                                                                                              

                                                                                                              

Baudelaire l'albatros Teston

Publié le 24/07/2019 à 20:30 par teston Tags : centerblog texte amis dessous oiseaux sur bonne vie google voyage search
Baudelaire l'albatros Teston

                                    Charles Baudelaire par Eienne Carjat, 1865, Bruxelles

 

On a toujours aimé ce poème de Charles Baudelaire : "L'albatros". Il est évident que Baudelaire, à la cinquième ou douzième dimension, parle aussi de lui-même et de tous les poètes maudits. Il semble comme avoir conscience de son talent et de tous les ennemis qu'il rencontrera pour l'empêcher de suivre son dharma et le but de sa vie. Les matelots s'amuseront de lui, le persécuteront, lui qui vole très haut dans le ciel et que les archers ne peuvent pas atteindre. Il y a là toute une symbolique du poète maudit, et à travers lui de la condition humaine en général. C'est là un thème très baudelairien qu'on retrouve sous d'autres formes dans d'autres poèmes. Comme Caïn,  le poète et d'autres, l'albatros se retrouve "moesta et errabunda", comme les "femmes damnées", il lui faudra fuir s'il le peut et en tout cas accepter son destin :

" Loin des peuples vivants, errantes condamnées

A travers les déserts courez comme des loups,

Faites votre destin, âmes désordonnées

Et fuyez l'infini que vous portez en vous".

L'albatros lui aussi,  sera "exilé sur le sol, au milieu des huées".

 

 

 

                       L' ALBATROS

 

 

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! 

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! 

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime en boitant, l'infirme qui volait ! 

 

Le Poète est semblable au prince des nuées 

Qui hante la tempête et se rit de l'archer

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

(Charles Baudelaire)

 

 

 

Quelques unes de mes reprises :

https://www.google.com/search?q=cover+teston&rlz=1C1HLDY_frFR845FR845&oq=cover+teston&aqs=chrome.0.69i59j69i60l3.9993j0j8&sourceid=chrome&ie=UTF-8

 

 

 Et voici mon interprétation audio du poème de l'Albatros de Baudelaire.  Bonne journée. ( M.T.) :    

                                                                                                                                                                                                                                      

La musique, Baudelaire, Teston

Publié le 04/04/2019 à 19:09 par teston Tags : amis dessous centerblog sur plat mer bonne moi google photo musique nuit search
La musique, Baudelaire, Teston

                                      © Photo montage : Baudelaire et Teston

 

Un astrologue m'a dit un jour que j'avais déjà vécu sur la planète Neptune qui se trouve à mon ascendant, et que j'avais ramené de cette expérience une fascination pour la mer, la poésie et la musique. Je ne sais pas si c'est vrai, bien entendu. Par contre, il est vrai que de nombreux poètes, comme Charles Baudelaire, ci-dessous, adoraient la mer, la musique et bien sûr, la poésie.

Voici donc un poème de Baudelaire : "La musique" que je me suis efforcé de transcrire et de déclamer en m'accompagnant de ma guitare et de mon harmonica. Comme le maître, je me sens parfois enivré par la musique et la mer. Bonne lecture et bonne écoute à tous.

 

 

 

La musique

 

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

 

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile,
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

 

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

 

Sur l'immense gouffre
Me bercent . D'autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir .

 

(Charles Baudelaire) 

 

 

   

      

Voir mes nombreuses pages sur Baudelaire, comme celle-ci : 

 http://teston.centerblog.net/rub-recueillement-un-poeme-de-baudelaire-.html

 

Voir aussi mes vidéos /poèmes sur Baudelaire

Mes  reprises de Léo Ferré qui, par ailleurs, a chanté Baudelaire : 

   https://www.google.com/search?q=ferr%C3%A9+teston&source                

     

              

La vie antérieure, Baudelaire, Teston

Publié le 28/12/2018 à 00:36 par teston Tags : lecture dessous sur bonne vie france voyage mode musique femme amis femmes
La vie antérieure, Baudelaire, Teston

          © Teston : Charles Baudelaire, montage de votre serviteur

 

Baudelaire est un grand poète qui, comme Nerval, Hugo, Lamartine et d'autres grands  écrivains croyaient plus ou moins à la réincarnation, même s'ils n'en faisaient pas état, comme le prouve le poème ci-dessous. En tout cas la croyance en des vies antérieures est une source de poésie, même s'il faut raison garder et ne pas péter un plomb comme le font certains. On dit qu' à cette époque, la pieuse impératrice Eugénie, réclamait sans arrêt Allan Kardec, le codificateur du spiritisme en France, pour organiser des expériences de tables tournantes à la cour de Napoléon III en présence de grands scientifiques ou écrivains de l'époque comme Camille Flammarion ou Victorien Sardou. C'était devenu une mode dans le tout-Paris, les journaux et gazettes en parlaient. Par conséquent Baudelaire ne pouvait pas ignorer les histoires de vies antérieures, étant le parfait contemporain d'Allan Kardec. Celui-ci n'était pas médium mais étudiait, enquêtait scientifiquement sur les tables tournantes pour comprendre et expliquer de quoi il s'agissait. Il travaillait avec des médiums qui étaient tous des femmes parmi lesquelles se trouvait Chico Xavier incarné en femme à l'époque.

Baudelaire, je le sens tellement depuis l'enfance que j'ai parfois l'impression qu'il me rend visite en ami, et me dit quelques mots, comme si on avait déjà été des amis dans nos vies antérieures. C'est une étrange sensation, sympathique au demeurant.

Dans ce poème, il fait allusion au premier degré à ce voyage en bateau qu'il fit sur l'île Bourbon, si ma mémoire est bonne. Au deuxième ou troisième degré, ce "voyage" fut pour lui une grande expérience philosophique, politique, mystique et poétique dont il parlera souvent dans son oeuvrepar la suite. Bonne lecture à tous.

 

 

La vie antérieure

 

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques

Que les soleils marins teignaient de mille feux,

Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,

Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

 

Les houles, en roulant les images des cieux,

Mêlaient d'une façon solennelle  et mystique

Les tout-puissants accords de leur riche musique

Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

 

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,

Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs

Et des esclaves nus tout imprégnés d'odeurs,

 

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,

Et dont l'unique soin était d'approfondir

Le secret douloureux qui me faisait languir.

 

( Charles Baudelaire )

 

 

Recueillement, un poème de Baudelaire

Publié le 14/11/2018 à 20:10 par teston Tags : fond sur bonne merci moi nuit
Recueillement, un poème de Baudelaire

                                      © Teston , Le soir en Ardèche

 

C'est sans commentaires : voici un sonnet parfait de Charles Baudelaire.

 

 

                  Recueillement  

 

 

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille

Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

Une atmosphère obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

 

Pendant que des mortels la multitude vile

Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,

Va cueillir des remords dans la fête servile,

Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

 

 

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,

Sur les balcons du ciel en robes surannées ;

Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

 

 

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,

Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,

Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

 

 

(Charles Baudelaire)

 

 

Mon interprétation de 3 sonnets de Baudelaire dont "Recueillement". Bonne écoute.   

 

 

          

 

        

Réflexions sur Charles Baudelaire

Réflexions sur Charles Baudelaire

                                         Tableau de Baudelaire par Courbet

 

 

J'ai découvert Baudelaire alors que j'étais enfant, à peine adolescent en voyant traîner un de ses livres dans la chambre d'un de mes grands frères. Moi qui depuis quelques années déjà m'essayais  à la poésie, je fus sidéré par la beauté de ces poèmes que je lisais en cachette et que je trouvais à la fois philosophiques, mystiques et, bien sûr, érotiques. depuis, "Les fleurs du mal" furent pour moi un de mes livres de chevet.

En voulant publier la suite de mon "Journal", je suis tombé sur ce chapitre que j'avais écrit sur Baudelaire quelques années plus tard, c'est-à-dire il y a des lustres et des lustres. Quitte à le répéter dans mon "Journal", j'ai retiré ce chapitre pour le mettre avec mes articles consacrés à Baudelaire, mon auteur préféré.

Voici donc cette petite étude. Bonne lecture si vous le voulez bien.

 

 

 

Réflexions sur Charles Baudelaire.

 

 

Avant d'extraire des "Fleurs du mal" une série d'images angoissées et angoissantes, il est absolument indispensable de dire que ces images sont inséparables de leur contexte. Nous ne saurions pas lire ni interpréter à tort la pensée initiale de l'auteur. Nous avons agi comme un visiteur qui regarderait l'exposition d'un peintre et de ses tableaux. Il ne faudrait pas aller s'imaginer que Baudelaire est un illuminé, ou un fou, uniquement parce que nous nous sommes attachés à montrer ce qui, par définition, est du ressort de la pathologie, à savoir l'angoisse. Tout homme, selon le mot même de l'auteur, éprouve une « double postulation », c'est-à-dire à la fois le désir de monter et la joie de descendre.

 

En parcourant les "Fleurs du mal", nous avons trouvé des quantités d'images d'angoisse, et nous ne saurions toutes les citer tant elles sont nombreuses. Toutefois, pour des raisons de commodités, nous avons cru discerner trois formes d'angoisse et trois familles d'images. S'il nous fallait résumer en un seul mot chacune de ces familles, nous dirions qu'elles sont, selon le cas, de nature cadavérique, phobique ou obsessionnelle.

 

Comme Goya, l'illustre peintre espagnol, que l'auteur compare dans les "Phares" à un

« cauchemar plein de choses inconnues,

de foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats »,

 

Baudelaire donne une grande place dans "les Fleurs du mal" à ce qui est putride, monstrueux, macabre, en un mot cadavérique.

 

Un des poèmes qui semble le plus typique dans cet ordre d'idée est bien celui qu'il a intitulé : « Une charogne ». Il y est question de:

« mouches bourdonnant sur un ventre putride ».

 

N'est-elle pas angoissante cette image de la décomposition, sur laquelle Baudelaire s'attarde, non sans un certain masochisme ? Le poème finit ainsi :

 

« Et le ver rongera ta peau comme un remords ».

 

Ce qui est troublant, c'est de constater comment Baudelaire associe à l'amour ce thème de la putréfaction. En effet, c'est souvent en décrivant des scènes d'amour qu'il en arrive à parler de cadavres ou vice versa. Dans :« Les métamorphoses du vampire », au cours d'une vision hallucinante, il finit par ne plus voir dans sa partenaire de danse que:

« des débris de squelette».

Comme si la vie et la mort étaient inséparables et comme si la procréation et la putréfaction ne faisaient qu'une, et comme si, ainsi que le dit la Bible, tout n'était que poussière. Les derniers vers d'une "Charogne" corrobore bien cette idée :

 

« Dites à la vermine

Qui vous couvrira de baisers

Que j'ai gardé la forme et l'essence divine

De mes amours décomposés ».

 

Si Baudelaire trouve des images saisissantes pour traduire son angoisse devant les cadavres, en tant qu'objets morts et inanimés, il trouve des images encore plus cauchemardesques pour montrer, non pas la mort en tant qu'état, mais la mort en tant qu'action, ce que Montaigne appelle :«le mourir ». Il introduit alors une notion tragique, car le tragique consiste pour beaucoup dans l'irrémédiable, dans la fixité d'un spectre qui approche à pas lents et réguliers et contre lequel on ne peut rien, ou encore à quelque chose comme une horloge ou une clepsydre :

« Le gouffre a toujours soif , la clepsydre se vide ».

 

Cette notion de tragique on la trouve encore dans le sonnet intitulé: " Recueillement" :

 

« Entends, ma chère, entends la douce nuit qui marche ».

 

Ce tragique, cette angoisse qui nous prend à la gorge, qui n'est pas sans rappeler ce qu'en termes cinématographiques on pourrait qualifier de "suspense" et qu'on retrouve dans le poème: "L'horloge" dont chaque tic-tac, chaque seconde, semble dire:  «Souviens-toi ».

 

Il y a une sorte de fatalité irrémédiable dans ce pas qui avance ou dans ces coups que frappe l'horloge. Comme si l'homme ne pouvait rien contre cela, comme s'il n'était pas libre, comme s'il était prisonnier, comme s'il ne pouvait pas s'échapper et comme s'il était pris au piège, coincé, écrasé !

 

Baudelaire, pour traduire ses angoisses particulières, a également recours à des personnages fantasmagoriques comme les spectres et les vampires. Ces vampires qui sucent le sang et qui veulent le dévorer vivant. Il y a chez Baudelaire une angoisse particulière résidant dans la peur d'être dévoré, rongé, mangé, comme en témoignent ces deux vers de : "L'Ennemi" où il compare le temps à une sangsue ou à un vampire.

 

«... Le temps mange la vie

Et l'obscur ennemi qui nous ronge le cœur

Du sang que nous perdons, croît et se fortifie » .

 

Ce tragique, cette angoisse qui vous prend à la gorge n'est pas

sans rappeler le " suspense" qui est employé aussi dans les films d'épouvante, on retrouve cette angoisse dans « L'horloge » dont chaque tic-tac, chaque seconde semble dire : "Souviens-toi" !

 

Il y a une sorte de fatalité irrémédiable dans ces pas qui avancent et dans ces coups que frappent l'horloge. Comme si l'homme ne pouvait rien contre cela, comme s'il n'était pas libre, comme s'il était prisonnier, comme s'il ne pouvait pas s'échapper, et comme s'il était pris au piège, coincé, écrasé.

A la peur d'être rongé, s'ajoute aussi chez Baudelaire, la peur d'être écrasé. Ainsi, dans « La cloche fêlée », l'auteur se compare à un blessé qu'on oublie :

 

« Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts

Et qui meurt sans bouger, dans d'immenses efforts »

 

Ce sont là des images qu'on n'attendait pas, et qui sont d'autant plus choquantes et d'autant plus caractéristiques en ce qui concerne l'angoisse propre de l'auteur. Outre l'impression d'écrasement, on pourrait trouver ici une impression d'étouffement, d'asphyxie, une impression d'agonie aussi, et c'est dans ce sens qu'on peut regrouper toutes ces images autour de cette notion de cadavres dont nous parlions plus haut, car on retrouve presque la même image dans le poème: «L'irréparable » où il est encore question d'un mourant qui écrase les blessés.

 

Outre cette obsession du cadavre, chez Baudelaire, nous avons trouvé des obsessions à caractère phobique. Les psychologues pourraient parler ici d'acrophobie ou de claustrophobie.

 

L'angoisse du vertige, de la chute, du gouffre, est très importante chez Baudelaire. Ces mots-là reviennent d'ailleurs très souvent dans l'ensemble des « Fleurs du mal ». Baudelaire est un poète cosmique en ce sens qu'il s'élève dans les airs, qu'il plane au-dessus du monde, ainsi que son "albatros". L'homme, dit-il, éprouve à la fois le désir de monter et la joie de descendre. C'est ce qu'il appelle la double postulation. Cette notion cosmique, Baudelaire l'associe à la notion du bien et du mal. On se rapproche de Dieu en s'élevant, et de Satan en descendant :

 

« Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau

Plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel qu'importe,

Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ».

 

L'angoisse de l'enfer ou du néant trouve son expression dans l'image du gouffre.

 

« Descendez, descendez, lamentables victimes,

Descendez le chemin de l'enfer éternel ».

 

Cette idée de l'enfer, le plus souvent métaphysique, prend parfois des aspects concrets et charnels avec une notion de péché.

 

Toujours dans :« Delphine et Hippolyte » Baudelaire emploie l'expression d' «abîme béant» :

« Je sens s'élargir dans mon être

Un abîme béant, cet abîme est mon cœur »

et cela montre bien,encore une fois, à quel point le gouffre est synonyme de péché, d'enfer et de damnation puisque il parle ici de formes d'ennui. On pourrait citer encore ce vers : 

« Le gouffre de tes yeux pleins d'horribles pensées exhale le vertige ».

 

Le gouffre, le vertige, les parfums ou les drogues, tout cela chez Baudelaire « chante les transports de l'esprit et des sens ».

 

Après l'acrophobie, on pourrait peut-être trouver chez Baudelaire de la claustrophobie. En effet, Baudelaire semble angoissé à l'idée d'être seul. Si on l'en croit, il a éprouvé très tôt « le sentiment d'une destinée éternellement solitaire ». On trouve dans les « Fleurs du mal », un sentiment de désarroi, d'isolement et d'étouffement. L'auteur donne l'impression d'avoir été emprisonné puis abandonné. Ce sentiment de frustration s'exerce vis-à-vis de Dieu qui a lui aussi abandonné l'homme :

 

« Ah ! Jésus, souviens-toi du Jardin des Olives !"

Jésus lui-même, tout comme le poète, tout comme l'homme en général, est abandonné par son Père lors de son agonie au Jardin des Oliviers.

L'idée de claustrophobie on la retrouve au niveau de certains mots comme les mots "emprisonnement" ou "tombeau" par exemple :

 

« Mon âme est un tombeau que mauvais cénobite,

Depuis l'éternité je parcours et j'habite. »

 

D'autres mots encore comme "caveau, boite, cercueil, sarcophage", sont des mots très baudelairiens qui traduisent bien cette idée angoissante de la claustrophobie.

 

Mais le mot le plus significatif chez Baudelaire, est bien encore le mot de "couvercle", mot qui revient plusieurs fois et qui est employé pour désigner le ciel, comme si l'homme était enfermé sur la terre :

 

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » , dit-il dans « Spleen », ou encore :

 

« Le ciel, couvercle noir de la grande marmite

Où bout l'humanité ».

 

L'homme est enfermé sur la terre comme dans une marmite. Il est prisonnier quoi qu'il fasse. Il y a dans cette idée de couvercle, une sorte de fatalité, fût-elle sur l'homme comme une épée de Damoclès. Tel un enfant enfermé dans une chambre par ses parents, Dieu ou le diable a enfermé l'homme dans une sorte de marmite et il peut bien crier son désarroi, personne ne viendra ouvrir le couvercle, il ne peut que sombrer dans une angoisse désespérée.

 

Il nous reste maintenant à parler de certaines angoisses particulières, quoique très variées, ayant un caractère quasiment obsessionnel.

Par exemple, une des formes pathologiques de l'angoisse que l'on peut observer chez certains individus névrosés, consiste à se croire traqués, poursuivis, à pressentir quelque danger imminent ou encore à imaginer que quelque objet va vous tomber sur la tête. L'image particulièrement frappante et horrible est bien celle-ci que l'on trouve dans « Spleen » :

 

« … et l'Angoisse, atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir ».

 

Cette image est d'autant plus belle et émouvante qu'elle semble, a priori, inattendue et injustifiée, mais n'est-ce pas précisément une des fonctions de la poésie que d'exprimer au delà des mots et de révéler au grand jour ce qui dormait au fond des consciences ?

 

Cette notion de transpercement,si je puis dire, est très importante dans « Les Fleurs du mal », tout comme est très important le rôle du couteau. C'est un fait connu que le couteau est une sorte de symbole de virilité chez les jeunes dévoyés. C'est Freud qui avait eu le premier cette idée, à ma connaissance. Baudelaire, n'avait-il pas, par le biais de l’irrationalisme de la poésie et du génie littéraire, donné au couteau le rôle que lui donnèrent plus tard Freud et les psychanalystes ? Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'il semble obsédé par le couteau, comme en témoigne aussi ce passage extrait du « Vampire » :

 

« Toi qui, comme un coup de couteau,

Dans mon cœur plaintif es entré. » 

 

Ou encore cet autre extrait de « L' Héautontimorouménos »:

 

« Je suis la plaie et le couteau

Et la victime et le bourreau »

 

Baudelaire semble donner un rôle identique à une quantité d'armes ou d'objets ayant tous un caractère pointu comme les armes, les glaives, les lances, les javelots, et même les clous :

 

« Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous

Que d'ignobles bourreaux plantaient dans tes chairs vives ! ».

Je dirais en somme qu'il y a chez Baudelaire une grande phobie des armes blanches.

 

Un autre objet phobique , c'est bien encore l'échafaud que l'on trouve également à plusieurs endroits dans l’œuvre de Baudelaire.  Il s'agit cette fois, non plus d'un instrument qui transperce, mais d'un instrument qui coupe, qui ampute, qui mutile :

 

« J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;

L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd ».

 

Il y a sans doute un rapport entre cette obsession du couperet et

ce que Freud et d'autres psychanalystes appelleraient le complexe de castration.

 

Cette angoisse revient d'ailleurs d'une façon beaucoup plus claire dans le poème intitulé « Voyage à Cytère » où

Baudelaire dit, en parlant d'oiseaux s'acharnant sur un pendu :

 

« Et ses bourreaux, gorgés de hideuses délices,

L'avaient à coups de becs absolument châtré ».

 

Et quels sont exactement ces féroces oiseaux ? Eh bien!  Ce sont des corbeaux. On voit que l'oiseau lui-même a été judicieusement choisi. Le corbeau n'était-il pas un oiseau particulièrement sinistre ? Son plumage noir, son goût pour les charognes, et sa silhouette lugubre n'en font-ils pas un oiseau inquiétant, annonçant quelques mauvais présages ? N'est-ce pas à lui, du reste, qu'échoie le triste rôle que l'on sait dans l'arche de Noé ? C'est un oiseau fatal, présage de la mort et dont le bec est aussi obsédant qu'un couteau :

 

« Vraiment, j'aimerais mieux inviter les corbeaux

A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde »

dit l'auteur dans « Le mort joyeux ».

 

Il faut dire que Baudelaire a souvent choisi des animaux à la triste réputation, représentant bien les forces du mal. Outre les vampires et les hiboux, Baudelaire donne un rôle important, comme il se doit, aux serpents. Quant aux crapauds, cet autre animal particulièrement laid qui a le pouvoir de faire frissonner d'horreur bien des gens, il fait une apparition particulièrement répugnante dans "Le coucher de soleil romantique ".

Cet animal, dont on soutient difficilement la vue, eh bien! O comble de l'horreur, ô comble du cauchemar, on l'écrase du pied :

« Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage

Des crapauds imprévus et de froids limaçons ».

 

Ainsi, on a vu, par le choix de quelques images dénotant différentes formes d'angoisse, à quel point Baudelaire était tourmenté. Il est sans doute le premier, et peut-être le seul poète, à avoir exploré d'une manière aussi systématique et aussi approfondie l'angoisse humaine.

 

En ce sens, il est particulièrement moderne, car, de nos jours, l'angoisse semble aller en s'augmentant avec les progrès rapides de la technique et de la science, laquelle impose une vie trépidante et ne laisse plus à l'homme le temps de s'adapter aux conditions nouvelles de son existence.

"Les Fleurs du mal » sont, certes, bien autre chose qu'une simple peinture de l'angoisse freudienne, et il aurait été intéressant de rechercher notamment comment Baudelaire luttait contre cette angoisse. Mais ce serait là, évidemment, un autre sujet.

 

(Michel Teston ) extrait de mon livre: "Journal et pensées d'un jeune poète des années 60".

 

Pour les vacances je vous recommande de lire mon roman ardéchois: Le vent dans les cyprès": 

 http://teston.centerblog.net/rub-le-vent-dans-les-cypres-michel-teston--2.html

 Lien pour lire mon livre  "Zarathoustra 68" en entier:

 http://teston.centerblog.net/rub-zarathoustra-68-michel-teston-ecrivain-.html

 Lien sur ma tragédie complète : "Les Templiers" :

 http://teston.centerblog.net/rub-les-templiers-michel-teston-.htm 

 

 

Mon interprétation de 2 sonnets de Baudelaire.       

      

Baudelaire sonnets Teston poète

Publié le 03/07/2016 à 15:02 par teston Tags : douceur jardin dessous fleurs lecture sur place bonne merci vie moi fond femme coeur nuit automne
Baudelaire sonnets Teston poète

                                             Charles Baudelaire, par Courbet

 

"Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème" disait déjà Boileau au XVIIe siècle, et qui mieux que Baudelaire a su faire quasiment tout un recueil célèbre de sonnets avec son oeuvre majeure: "Les Fleurs du Mal"?

Moi qui suis un fan de cet illustre poète, j'ai l'honneur et le plaisir de vous présenter ici deux sonnets de Baudelaire:"L'Ennemi" et "A une passante". On pourra lire ou relire, ou encore écouter, ci-dessous, notre maître: Charles Baudelaire.

 


      L’ Ennemi

 

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

 

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

 

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?

 

- O douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie!
                                
                                   (  Baudelaire )

 


                A une passante

 


La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet,

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

 

Un éclair... puis la nuit! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?

 

Ailleurs, bien loin d'ici : trop tard! jamais peut-être!
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais!

 

                                    ( Baudelaire ) 

 

               Recueillement

 

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

 

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

 

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

 

Le soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

 

                                         ( Baudelaire )

 

 

                                                                © Teston (vidéo)

 

Ci-dessus ma vidéo des 3 poèmes en question.

C-dessous mon interprétation audio des deux premiers poèmes.

N.B. Je ferai sans tarder la vidéo que vous trouverez ici avec les 3 sonnets, et non pas deux comme sur l'enregistrement audio où il n'y avait pas assez de place pour le troisième.

Bonne lecture et bonne écoute.

 

Baudelaire Le Voyage Teston

Baudelaire Le Voyage Teston

                                           © Charles Baudelaire (photo montage)

 

Baudelaire est pour moi ce qu'il était pour Rimbaud: le roi des poètes, un véritable dieu. Il est sans doute celui qui m'a le plus influencé sur le plan poétique, littéraire, philosophique, théologique, artistique, etc. Il y a chez lui une maîtrise de la forme poétique extraordinaire, une rigueur, une précision d'horloge. Le poème suivant: Le Voyage résume un peu ses idées politiques, philosophiques, artistiques, mystiques, etc. Voilà pourquoi Baudelaire avait mis ce poème en dernier dans la première édition de son célèbre recueil Les Fleurs du Mal, parce que ce poème représentait, à l'époque où il a été écrit, l'aboutissement de son évolution spirituelle. Autant dire que ce long poème est très important et mérite, à mon avis, d'être lu et relu lentement, et même, si possible, mais c'est dur, d'être appris par coeur pour bien connaître Baudelaire. Je n'ai pu m'empêcher de le mettre en vidéo pour ceux qui aiment la musique des mots et de la poésie. On me pardonnera deux ou trois lapsus comme flots à la place d'îlots, et quelques hésitations dans la voix.

 

 


(A Maxime du Camp)

 


LE  VOYAGE

 

I

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

 

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

 

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

 

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

 

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

 

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom !

 

II

 

Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans  nos  sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

 

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !

 

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : " Ouvre l'oeil ! "
Une voix de la hune, ardente et folle, crie .
" Amour... gloire... bonheur ! " Enfer ! c'est un écueil !

 

Chaque îlot signalé par l'homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L'Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin.

 

O le Pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

 

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis ;
Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.

 

III

 

Etonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.

 

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.

 

Dites, qu'avez-vous vu ?

 

IV

 

                                        " Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

 

La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

 

Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !

 

- La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !

 

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? - Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !

 

Nous avons salué des idoles à trompe ;
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;

 

" Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. "

 

V

 

Et puis, et puis encore ?

 

VI

                                        " O cerveaux enfantins !


Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché

 

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût ;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout ;

 

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

 

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

 

L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
" O mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! "

 

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l'opium immense !
- Tel est du globe entier l'éternel bulletin. "

 

VII

 

Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui !

 

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,

 

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
A qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d'autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

 

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu'autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

 

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d'un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : " Par ici ! vous qui voulez manger

 

Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ? "

 

A l'accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
" Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Electre ! "
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

 

VIII

 

O Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !

 

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !


(Charles Baudelaire)

 

 

 

Bonne lecture et bonne écoute des sonnets de Baudelaire que j'interprète ci-dessous; appuyer sur la flèche..

 

 

 

Baudelaire poète maudit par Michel Teston

Baudelaire poète maudit par Michel Teston

Baudelaire poète maudit  Michel Teston

Texte extrait du livre de Michel Teston :"De quelques poètes maudits et troubadours"

 

ISBN 2-9509937-2-9 (2008)

 

Charles Baudelaire

( 1821-1867 )

 

 

 

 

 

 

Et voici un des plus grands poètes du monde et de l’histoire, "le roi des poètes, un véritable Dieu" comme disait Rimbaud lui-même. Le poète dandy de Paris, mais cependant amoureux de la nature et nostalgique de la mer et du voyage. Le type même du poète maudit, en somme, celui à qui on fait un procès pour ses poésies, procès qu'il perdra, celui qu’on n’apprécie que longtemps, longtemps après sa mort, celui qui n’a jamais gagné un sou de ses livres mais qui, après sa mort, est édité dans le monde entier et de plus en plus à ce jour...

Baudelaire fut marqué dès sa naissance par le destin en étant le fils d’un prêtre défroqué de la Révolution, marqué encore par sa maladie et par sa mort, à quarante-six ans, de la syphilis, qui faisait plus de ravages à l’époque que le sida aujourd’hui. On reste pantois devant le talent et l’intelligence de cet homme. Ses vers, comme sa pensée, sont ciselés à merveille avec une précision d’horloger. Sa pensée dépasse toutes les philosophies oiseuses qu’on ait pu connaître. Il est aussi bien théologien que le plus grand critique d’art de son temps. Il a compris aussi bien l’érotisme que le mysticisme, l’alcoolisme que la drogue, la politique que la religion. Il a des vues originales et géniales sur tout.

Nul n’a plus le sens du beau que lui. Il faut apprendre et réciter ses vers, tant ils sonnent bien et ils résonnent bien dans l’âme, un peu comme une musique à la rythmique à la fois harmonieuse et cependant mathématique. C’était un homme très cultivé et un latiniste hors-pair...

Le titre Moesta et errabunda ( voir le poème ci-dessous ) n’a pas été inventé par Baudelaire. J’ai personnellement longtemps réfléchi à ce titre apparemment mystérieux, et je crois avoir trouvé... C’est sûrement extrait de la Vulgate de saint Jérôme, la première bible en latin, que Baudelaire ne pouvait pas ne pas avoir lue et relue, vu son éducation latiniste et chrétienne. Et donc, Moesta et errabunda, cela veut dire "errante et condamnée", pour reprendre, à mon avis, la traduction qu’en donne incidemment Baudelaire lui-même, dans un autre de ses poèmes "Les femmes damnées, Delphine et Hippolyte", et cela s’adresse à Caïn, après la Chute de ses parents, Adam et Eve qui ont commis le péché originel, et le meurtre de son frère Abel ; à un deuxième niveau, cela s’adresse à la destinée du peuple juif et à  sa diaspora, et à un troisième niveau, symbolique et poétique, cela désigne la condition de tout homme, pécheur comme Caïn envers son frère Abel, la condition d'un homme "errant et condamné".

 

 

 

Moesta et errabunda

 

Dis-moi, ton cœur parfois s'envole-t-il, Agathe,

Loin du noir océan de l'immonde cité,

Vers un autre océan où la splendeur éclate,

Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité? 

Dis-moi, ton cœur parfois s'envole-t-il, Agathe?

 

 

La mer, la vaste mer, console nos labeurs! 

Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse 

Qu'accompagne l'immense orgue des vents grondeurs,

De cette fonction sublime de berceuse?

La mer, la vaste mer, console nos labeurs!    

 

 

Emporte-moi, wagon! enlève-moi, frégate! 

Loin! loin! ici la boue est faite de nos pleurs!

Est-il vrai que parfois le triste cœur d'Agathe

Dise : Loin des remords, des crimes, des douleurs, 

Emporte-moi, wagon! enlève-moi, frégate? 

 

 

Comme vous êtes loin, paradis parfumé,

Où sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie,

Où tout ce que l'on aime est digne d'être aimé,

Où dans la volupté pure le cœur se noie!

Comme vous êtes loin, paradis parfumé! 

 

 

Mais le vert paradis des amours enfantines,

Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets, 

Les violons vibrant derrière les collines, 

Avec les brocs de vin, le soir dans les bosquets,

Mais le vert paradis des amours enfantines,

 

 

L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs, 

Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine? 

Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs, 

Et l’animer encor  d'une voix argentine, 

L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs? 

 

( Charles Baudelaire )

      

 

 

 

© teston (vidéo sur Baudelaire:"Moesta et errabunda", 

 

 

 

 

L'Ennemi

 

 

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,

Traversé çà et là par de brillants soleils ;

Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,

Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

 

 

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,

Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux

Pour rassembler à neuf les terres inondées

Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

 

 

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve

Trouveront dans ce sol lavé comme une grève

Le mystique aliment qui ferait leur vigueur?

 

 

- O douleur! O douleur! Le Temps mange la vie,

Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur

Du sang que nous perdons croît et se fortifie!

( Baudelaire )

 

 

Elévation

 

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par-delà le soleil, par-delà les éthers,

Par-delà les confins des sphères étoilées,

 

 

 

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,

Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

 

 

 

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l’air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

 

 

 

Derrière les ennuis et les vastes chagrins

Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,

Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse

S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

 

 

 

Celui dont les pensers, comme des alouettes,

Vers les cieux, le matin, prennent un libre essor,

Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes !

( Baudelaire)

 

 

 

Les Américains ont bien eu raison de choisir le poème ci-dessus pour l’envoyer dans l’espace afin de représenter toute la littérature française auprès d’éventuelles civilisations extra-terrestres. On comprend par là que le poète génial et visionnaire du New age, croyait autant aux voyages futurs de l’âme éternelle qu’à une vie antérieure.

Initialement, le Voyage terminait Les Fleurs du Mal qui avaient été mises dans l’ordre de l’évolution spirituelle de Baudelaire. De fait, on trouve dans ce poème un condensé de la philosophie de Baudelaire, son positionnement par rapport à l’amour, la religion, la société, et surtout la politique dont il est tellement écœuré qu’il n’en attend strictement rien, à part la continuation dans l’horreur, dans le péché. Et il finit par ne voir une possibilité d’amélioration des choses que dans la Mort, ou l’Inconnu, ou Dieu, ou Jésus, qui sont les seuls susceptibles de pouvoir apporter au moins, du nouveau... Pompidou, dans une conférence à laquelle j’assistais à Nice, comme étudiant, alors qu’il était encore premier ministre, pensait que Baudelaire était mort athée, et ses vers préférés étaient :

"Certes, je sortirai quant à moi satisfait  

D’un monde où l’action n’est pas la sœur du rêve..."

(Reniement de saint Pierre)

 

Mais ce n’est pas mon avis personnel. Je pense au contraire que Baudelaire est mort plus que croyant en montrant le ciel à un de ses amis venus le voir aphasique et paralysé sur son lit de mort, et qu’il faisait parti de ces pécheurs, comme saint Pierre, qui sont aussi des saints :

 

 

"Anges revêtus d’or de pourpre et d’hyacinthe,

O vous soyez témoins que j’ai fait mon devoir

Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.

Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,

Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or."

 

( Baudelaire, Projet d’épilogue à la seconde édition des Fleurs du Mal)

 

 

 

Charles Baudelaire fut sans doute le plus illustre des poètes maudits. "Les Fleurs du Mal" ne lui rapporteront pas un sou, au contraire, Baudelaire sera traîné devant les tribunaux et condamné. Après sa mort il sera publié dans le monde entier, enseigné dans les universités. Rimbaud lui-même, admiratif, dira de lui qu'il est "le roi des poètes, un véritable dieu". Aujourd'hui encore sa gloire universelle et intemporelle va toujours grandissante. (M.T.)

 

 

© Michel Teston "De quelques poètes maudits et troubadours" ISBN 2-9509937-2-9

 

Ci-dessous mon hypnose, régressive réalisée par Pascal Cascarino  et sa médium.Emmanuelle..

 

 

 

 

 

 

 

Anywhere out of the world

(Thomas Hood, repris par Baudelaire)

 

 

O mon amour je te suivrai

Jusqu'en dehors du monde

O mon amour, allons

Allons jusqu'en dehors du monde !

 

 

Quand le génie rencontre la beauté

Alors naît un amour

Aussi grand que le monde

Un amour cosmique

Où se produisent de gigantesques explosions

Et où de sidérales énergies

Se libèrent et se consument

 

 

O mon amour, allons

Allons jusqu'en dehors du monde !

 

 

Mon amour si tu fuis la planète

Si tu t'en vas à neuf milliards d'années-lumière

Je te suivrais jusqu'en dehors

De l'espace et du temps

Jusqu'en dehors du vide.

 

 

O mon amour, allons

Allons jusqu'en dehors du monde !

 

 

Les chants d'amour sont les plus beaux

Les chants d'amour sont les seuls qui comptent

Et si nous voulons vivre

Il nous faut tout trouver dans l'amour.

Laisse-moi donc partir bien loin entre tes bras

Car j'ai besoin de ta beauté pour voyager

C'est par elle que je m'en vais

Par elle que je veux fuir

Oui, je veux fuir avec toi

Jusqu'en dehors du monde

 

 

O mon amour, allons

Allons jusqu'en dehors du monde!

 

© Michel Teston

Poème extrait de "Vox clamantis in deserto" ISBN 2-9501967-2-1

 

 

Ci-dessus une photo plutôt rare de Baudelaire (avant l'apparition du Net ).

Ci-dessous sur la flèche mon habituelle interprétation audio-musicale d'un de mes poèmes :

"Anywhere out of the world".

 

A voir aussi sur ce blog  : Recueillement  (Baudelaire) : 

  http://teston.centerblog.net/rub-recueillement-un-poeme-de-baudelaire-.html