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Date de création : 27.01.2012
Dernière mise à jour : 26.07.2024
379 articles


Zarathoustra 68, Michel Teston écrivain

Zarathoustra 68, Michel Teston écrivain

                                                 © Photo prise par l'auteur

 

Voici la suite de mon roman-feuilleton: " Zarathoustra 68" . Bonne lecture si le coeur vous en dit.

 

 

Certes, Zarathoustra avait oublié cet épisode lorsqu'il prit le pouvoir quelques années après. Il s'est refusé à supprimer

 

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l'Armée, se contentant de la reconvertir en profondeur, comme on sait, et de supprimer le contingent, mais on comprendra pourquoi il resta deuxième classe par protection et pourquoi il ne fit pas carrière dans l'Armée, lors même que le chômage en fût le prix à payer pendant quelques longs mois.

 

 

"Ce sont tous des paranoïaques!" me dit-il ,un jour, en parlant des généraux tentés par la politique.

 

 

Reconnaissons quand même, au passage, que là encore les événements lui ont donné raison, et que s'il fùt des temps, comme celui de la Révolution française, où on ne pouvait réussir qu'en faisant carrière dans l'Armée, ces dernières décades au contraire ont prouvé que ce n'était plus le cas maintenant après la vague d'antimilitarisme qui a sévi chez la jeunesse après les années 68. Je n'insisterai pas sur le temps qu'il passa à l'Armée. Chacun sait que c'est l'endroit où l'on perd le plus son temps. Quel supplice cela devait être pour Zarathoustra, lui qui était si avare de son temps! Toutefois son expérience militaire ne fut pas tout à fait inutile, en ce sens qu'elle lui apporta beaucoup sur le plan psychologique. C'est là qu'il apprit le mieux à dépister les mécanismes de la bêtise humaine en général. Pour lui, la bagarre, à l'échelon de

 

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l'individu ou du groupe, et la guerre, à l'échelon national voire international, avait toujours été le symbole et la concrétisation de la bêtise tout court car, dans le sens oû il l'entendait, il n'y avait que les hommes qui pouvaient être réellement bêtes, vu que les animaux ne peuvent pas avoir conscience de leur propre bêtise et sont par conséquent irresponsables. L'exemple typique de la bêtise militaire c'était bien ce qu'il appelait "la coexistence des couteaux et des sparadraps": on partait au combat avec des balles dans une poche et des pansements dans l'autre, comme Si on voulait bien tuer ou blesser les autres mais sans l'être soi-même, comme Si, en quelque sorte, on n'acceptait la folie que dans des limites raisonnables. Ce qu'il trouvait de plus malheureux d'ailleurs dans la guerre, c'était bien ce mélange inextricable de folie et de raison qui faisait de la guerre non pas un accident de courte durée, mais un état de fait, une habitude dans laquelle on s'installait pour longtemps. Et il pensait, à tort, qu'il y aurait toujours des guerres et que, même avec l'armement atomique, les hommes seraient toujours suffisamment raisonnables pour ne s'entretuer que dans de justes proportions.

 

 

Les guerres et les graves troubles sociaux qui, ces derniers temps, ont déferlé sur le monde lui ont bien donné raison, il

 

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faut le reconnaître. Pour lui, le spectacle le plus emblématique de la guerre, et par conséquent le spectacle le plus bête qu'on puisse voir, c'était bien celui de ces infirmiers de la Croix-Rouge courant avec des brancards sur les champs de bataille au milieu de la mitraille sous les caméras des cinéastes et sur lesquels personne ne devait avoir l'indélicatesse de tirer, vu les lois de la guerre et attendu que, selon la façon dont on tue son prochain, on est le dernier des assassins ou le premier des héros. Un autre spectacle qu'il trouvait historiquement typique, quant à la bêtise de la guerre, c'était bien celui de la bataille de Fontenoy, celle où il fût dit: "Messieurs les Anglais, tirez les premiers!" après force discussions courtoises. Au-delà de cette bêtise de l'homme à la guerre, Zarathoustra ne pouvait pas ne pas conclure que les hommes n'étaient décidément pas grand-chose, qu'ils étaient tous sujets au déterminisme, et que par conséquent il était on ne peut plus puéril de croire en l'omnipotence des chefs, ces animaux hiérarchisés, et que ceux-ci, en l'occurence étaient vaniteux et uniquement vaniteux. Zarathoustra était un vrai contestataire ,tel qu'on les vit plus tard, en mai 68.

 

Ce qui l'avait également beaucoup frappé à l'Armée, me

 

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disait-il, c'était cette dépersonnalisation de l'individu. LtArmée, tout comme l'Administration d'ailleurs, était une machine sans âme où l'homme était chosifié. Il nty avait pas de place pour la raison, ce qui n'étonne pas à partir du moment où on admet que les termes: armée, guerre et betise sont synonymes. Cela ne l'empechait pas cependant de trouver l'Armée indispensable, car selon lui, il en était des nations comme des hommes: meme Si quatre-vingt dix-neuf sont des non-violents, il suffit que le centième soit violent pour que le désordre s'établisse. Quant à lui, il pensait qu'il y avait effectivement beaucoup plus de bons

 

 que de méchants parmi les hommes, mais cependant il y avait quand meme dans la société un petit nombre d'irréductibles et d'irrécupérables. Ce qui voulait dire que l'homme serait éternellement misérable tant que Dieu ne reviendrait pas sur terre pour séparer le bon grain de l'ivraie et mettre de l'ordre.

 

 

Son expérience militaire lui apprit donc à voir les hommes tels qu'ils étaient, ce qui lui permit par la suite de devenir un grand homme d'action et un grand meneur d'hommes. A vingt ans, il avait déjà fait ses dix-huit mois de service et, à mon avis, cela lui donna de la maturité et une certaine expérience humaine par rapport à ses camarades étudiants qui eux n'avaient

 

 

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pas encore goûté à ces humiliations qui sont nécessaires à celui qui veut être un révolutionnaire, à celui qui veut changer avec sagesse le cours des choses, et non pas vivre sa vie dans du coton. S'il était moins diplômé que nous, il fallait bien reconnaître qu'il avait une bien plus grande ouverture d'esprit que nous sur tous les problèmes du monde, et je pense que c'est ce qui explique en partie l'avantage qu'il eut sur nous par la suite, et pourquoi il devint notre chef. Certes, l'expérience n'est pas l'intelligence, et on peut dire à la limite, qu'un être pleinement intelligent et savant n'aurait pas besoin d'expérience, mais elle nous sensibilise sur certains problèmes, et une fois sensibilisé, on est plus apte à comprendre et à agir; on se sent davantage concerné. Toutefois son expérience ne s arrêta pas là. A vingt ans il est rare qu on se connaisse bien soi-même, et Zarathoustra, tout génial qu'il était, commit encore bien des erreurs, bien des échecs. Ceffe connaissance socratienne de soi-même est sans doute la condition sine qua non de toute réussite. Cependant, il est d'autant plus difficile de se connaître qu'on se trouve à soi-même déjà très compliqué. L'imbécile ne se pose généralement pas de problèmes; à quatorze ans il est presque un homme, il travaille et se

 

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comporte comme un adulte. J'ai lu en quelque endroit que l'homme est l'animal chez qui la croissance est la plus longue relativement à la durée de sa vie. De là à dire qu'une croissance longue est le propre de l'intelligence, il n'y a qu'un pas que pour ma part je franchis volontiers, en disant que la croissance, non seulement intellectuelle, car on apprend tout au long de sa vie, mais purement physique de Zarathoustra tut très longue, au point qu'on ne lui donnait jamais son âge et qu'à vingt-quatre ans il en paraissait dix-sept puisque, chaque fois qu'il allait voir des films interdits aux moins de dix-huit ans, on lui demandait ses papiers pour vérification.

 

 

 

Une de ses erreurs tut donc l'idée, au sortir de son seivice militaire, de rentrer dans la S.N.C.F., idée saugrenue s'il en tut, car on se demande bien en effet, que diable allait-il faire dans cette galère, Si je puis dire, vu son destin ultérieur. Devant ce fait presque inexplicable, je soulignerais quand même la prudence et le bon sens paysan qu'il y avait en lui. Je m avancerais même encore plus avant, en essayant de pénétrer la psychologie du personnage. Psychanalytiquement parlant on dit, je crois, que l'homme, lorsqu'il est menacé par la folie, met tous les moyens qu'il a en oeuvre pour s'en débarasser, pour la

 

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supprimer à tout prix, pour la vaincre. Souvent, c'est àgrand-peine qu'il y arrive, parfois meme elle finit par ressortir là oû on ne l'attendait pas et finit par triompher.

 

 Pour ma part, j'émettrai donc l'hypothêse, gratuite, que tous les grands hommes, et Zarathoustra en particulier, ont dû puissamment lutter contre la folie qui les menaçait. Combien en effet de grands artistes n'ont-ils pas côtoyé la folie? Cette folie chez Zarathoustra, c'était sans doute la mégalomanie. Je pense qu au fond de lui-me~me il s'est toujours pris pour un génie, et il a agi en conséquence. Certes, s'il lui arrivait de faire allusion àce génie, c'était toujours d'une maniêre ironique, comme s'il ne s 'était jamais pris au sérieux et comme Si cela avait été pour rire et uniquement pour rire. Mais allez donc connaître la pensée intime d'un homme comme Zarathoustra! Je me souviens qu'il me disait un jour:

 

 

" Il ne suffit pas de croire à une cause, il faut surtout faire croire qu 'on y croit".

 

 

Des pensées parfois cyniques, comme celle-ci vous déroutent, en vérité, et on ne sait plus où se trouve la sincérité de l'homme. Pour ma part, je pense que l'homme qui choisit sa destinée doit aussi choisir perpétuellement sa ligne de conduite.

 

 

 

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Je continue donc à supposer que Zarathoustra était obsédé, sinon par l'idée qu'il était génial et supérieur aux autres, du moins par celle qu'il avait une destinée importante à remplir, et que, comme Jeanne d'Arc, il était plus ou moins l'envoyé du ciel pour sauver une France qui sans lui aurait sombré dans l'abîme. Ainsi, je pense que rongé, miné par cette idée somme toute coupable, cette idée de supériorité basée sur un réel complexe d'infériorité, il éprouvait sans doute un besoin de se raisonner, un besoin même de se punir et d'échouer en tout et pour tout ; et c'est ainsi que j'expliquerais sa courte carrière de fonctionnaire, et même de petit fonctionnaire...

 

 

 

En effet, son séjour à la S.N.C.F. fut on ne peut plus bref car il ne tarda pas à s'y attirer toutes sortes d'inimitiés. On imagine facilement qu'un poète comme lui n'ait pas pu s'astreindre au caractère bassement technique ou paperassier du travail qui lui était proposé. Au cours du stage qu'il fit, il s'avéra être un très mauvais cheminot. Ses instructeurs le prirent vite pour un fumiste et il sortit le dernier du stage. Comme on ne pouvait pas cependant le licencier du jour au lendemain - l'Administration de l'époque avait des principes - on le muta dans une petite ville des Alpes dont je tairais le nom. Ce fut donc encore un nouveau

 

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voyage pour lui, une nouvelle mutation, et aussi un nouvel enrichissement. Il n'y resta que quelques mois, et il n'y apprit àvrai dire pas grand-chose, mis à part la connaissance de la mentalité des gens qui vivent dans la neige les trois quarts de leur temps. Ce qui est certain en tout cas, c'est qu'il ne s occupait absolument pas de son stage qui lui aurait assuré un avenir dans la profession, il se contentait de travailler le moins possible. Quelques mois plus tard, Il fut, comme convenu, a nouveau convoqué à Lyon pour l'examen de repêchage à l'issue de son stage. La scène vaut la peine d'être relatée. Elle se passe à l'état-major de 1' administration centrale. Le sieur Zarathoustra a en face de lui cinq ou six super-directeurs qui se sont dérangés tout spécialement pour voir le candidat phénomène qui leur pose des problèmes. On commence à procéder àl'interrogation, disons même plutôt à l'interrogatoire. D'emblée, Zarathoustra sent, ou croit sentir, le traquenard, en écoutant le véritable réquisitoire qui est prononcé contre lui en guise de préalable, avant même l'examen proprement dit, et qui traite de sa soi-disant mauvaise conduite au cours du stage et dans l'Administration. Jl constate avec stupéfaction, pour employer l'expression consacrée, que tous ces super-directeurs, qu'il

 

 

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n'avait même pas eu l'honneur d'apercevoir pendant toute la durée de son stage, sont maintenant là, tous ensemble, pour l'accabler, et il se dit:

 

 

"Ah! messieurs les directeurs, vous vous êtes dérangés, vous avez trouvé votre bouc-émissaire, vous êtes descendus de votre piédestal qui vous confère une fois pour toutes la supériorité, eh bien! vous allez en avoir pour votre dérangement et pour votre argent!"

 

 

 

Une des caractéristiques du génie, je crois, c'est de forcer les gens à prendre position ou, pour parler en termes plus imagés et, Si je puis dire, plus savoureux, de les mettre, comme on dit, devant leur caca. Zarathoustra ne manqua pas de le faire, et ses réponses fusèrent, séchement. Il ne recula devant rien, Si j'en crois tout ce qu'il m'a raconté un jour. Devant le grand directeur qui, avec son dossier sous les yeux, lui demanda hypocritement s'il était marié, comme Si la vie privée des gens, le fait d'avoir été marié ou non et d'avoir eu des gosses avait pu arranger son cas et faire de lui un meilleur fonctionnaire, à moins que ce ne fût là une façon mesquine de le traiter d'homosexuel, Zarathoustra se révolta, et uniquement par dépit et pour voir la réaction de l'autre, il affirma qu'il était effectivement marié, 

 

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même si l'autre, avec son dossier sous les yeux, savait pertinemment qu'il était célibataire. Devant cette réponse inattendue, le grand directeur suffoca, bafouilla, puis se ressaisissant devant tout son état-major, il eut cette réplique imparable: "Quelle est la date de votre mariage?"

 

Loin de perdre son sang-froid devant ce piège, et ravi dans le fond de ce petit intermède décoiffant pour la majesté du grand directeur, Zarathoustra, en ajoutant cette fois l'ironie à ses propos, précisa, mais en vain, devant ce K.G.B. qu'il avait face à lui: "A vrai dire, je ne suis pas marié, mais je vis en concubinage!"

 

 En ce temps-là, où le seul mot de concubinage était déjà tabou, cette réponse constitua le sommet de l'affront, un vrai casus belli, le directeur en fut tout congestionné et faillit bien en mourir d'une attaque! Le sort en était jeté. L'expulsion de Zarathoustra fut quasiment immédiate...

 

En fait, ce qui avait le plus révolté Zarathoustra dans cette affaire, c'est que par cette question et cette allusion, ou plutôt cette insulte calomniatrice et diffamatoire sur sa vie privée, l'autre lui avait implicitement avoué qu'il y avait deux poids et deux mesures selon qu'on était marié ou célibataire. Pas

 

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étonnant qu'il y ait des injustices, pensait-il, pas étonnant que les jeunes soient sans emploi, puisqu'on pratique une politique de la natalité en France, et que dans ce domaine, comme hélas! dans beaucoup d'autres, regne le plus arbitraire des népotismes.

 

 

"Comme si, me disait Zarathoustra dans un excès de colère, on avait du mérite à faire des gosses le plus tôt possible, comme s'il fallait sortir de Saint-Cyr pour faire ce que l'homme de Cro-Magnon savait dej'ù faire sans avoir appris par correspondance, et comme Si la société devait prendre en charge, par l'octroi d'allocations familiales et autres avantages, des individus qui, égoïstement, pratiquent la politique du castor qui construit avec sa queue! Qu'on ait un nombre illimité d'enfants misérables, passe encore, mais que ce soit au détriment des autres, et notamment des jeunes célibataires sans emploi, non!"

 

 

Ainsi parlait Zarathoustra, qui à l'époque, était un peu frustré, je me souviens... Le problème était d'ailleurs beaucoup plus vaste et tournait au politique. C'est ainsi qu'en un temps où les deux tiers de l'humanité souffraient de la faim,

 

 

59  (à suivre)

Lien pour lire le livre  "Zarathoustra 68" en entier:

 http://teston.centerblog.net/rub-zarathoustra-68-michel-teston-ecrivain-.html

 

 

 

 

Lien sur ma tragédie  complète : "Les templiers" récemment publiée :

 

  http://teston.centerblog.net/rub-les-templiers-michel-teston-.htm

 

 

 

    

  Mon interprétation de trois poèmes de Verlaine

 

                                         

 

 

Commentaires (2)

PatrickD le 07/02/2017
Bonsoir Michel
Un très joli texte à lire
Je te souhaite une excellente soirée
Amicalement


Michel le 08/02/2017
Merci Patrick et bien le bonjour.


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