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Date de création : 27.01.2012
Dernière mise à jour : 26.07.2024
379 articles


Les templiers, tragédie michel teston

Les templiers, tragédie michel teston

 

                                     © Couverture de mon livre

 

 

Voici donc la suite et la fin de ma tragédie : "Les templiers" extraite de mon livre: "Théâtre Les Templiers suivi de : Le Beatnik" (Michel Teston, ISBN 2-9501967-6-4).

Je fais un petit cadeau à mes lecteurs car ils pourront ainsi lire gratuitement un livre que je n'ai tiré qu'à un très petit tirage... Mon rêve serait qu'un cinéaste shakespearien fasse de cette tragédie un film à grande mise en scène; quitte à réduire le texte et à ajouter, car on passerait dans un genre différent au cinéma,  quelques scènes médiévales spectaculaires et cinégéniques (cavalcades, duel ou tournoi, bûcher, châteaux, etc...)  J'aurais même mes idées là-dessus, mais tout ceci est une autre histoire... Les cinéastes peuvent me contacter s'ils le veulent. Je vous souhaite une bonne lecture.

            

          

 

 

               

 

ACTE 4

Scène 1

(Le Pape, Johan des Baux)

(Même décor qu'à l'acte 3, un genou à terre, Johan salue le Pape bien bas)

 

 


J.B. - Monseigneur le Pape, je suis le chevalier Johan des Baux, Officier de l'Etat-Major de l'Ordre de l'Hôpital de Saint Jean de Jérusalem, et filleul de Jacques de Molay, le Grand Maître de l'Ordre du Temple. J'ai souhaité vous voir car j'ai appris que les dignitaires templiers avaient été retenus auprès du roi et que leur situation était grave. Vous seul, votre Sainteté, pouvez les tirer de ce mauvais pas...

Le Pape - Ainsi donc, chevalier, vous êtes un hospitalier et vous venez me voir au nom des templiers et de Jacques de Molay dont vous êtes le filleul ? Etrange, en vérité ! Expliquez-moi ce paradoxe...

 

J.B. - Votre Sainteté n'ignore pas les bonnes relations qu'ont toujours eu l'Ordre du Temple et l'Ordre de l'Hôpital, quoiqu'on ait pu dire sur leur rivalité. En fait, nous nous considérons, surtout Outre-mer et dans les grandes circonstances, comme frères d'armes...

 

Le Pape - Vous savez que le Roi de France m'a parfois suggéré de réunir les deux ordres en un seul, et que votre parrain s'y est formellement opposé ?

 


J.B. - Je ne l'ignore pas en effet, votre Sainteté, d'autant plus que ma fonction au sein de mon ordre consiste précisément à rencontrer les frères du Temple et même parfois les frères des autres ordres militaires étrangers. Il se trouve justement qu je viens de voir le Grand Maître, mon parrain, Jacques de Molay, en compagnie du Grand Visiteur de l'Ordre des templiers, Hugues de Pairaud.

 

Le Pape - Alors vous savez quelle est la situation ?

 

J.B. - Oui, en effet, votre Sainteté... Nos frères templiers souhaitent que les hospitaliers les aident à régler leurs problèmes.

 

Le Pape - Et quels problèmes, chevalier ?

 

J.B. - Le Roi veut s'emparer des biens des templiers, votre Sainteté. Il souhaite même leur excommunication. En ces heures difficiles mes frères hospitaliers me chargent de plaider la cause des templiers. Je puis vous affirmer, votre Sainteté, que les templiers vous ont toujours été fidèles, malgré les embûches, et qu'ils le resteront quoiqu'il puisse arriver.

 

Le Pape - Mais je n'en doute pas.

 

J.B. - Ils vous demandent aussi de bien vouloir les soutenir  auprès du roi... Savez-vous, votre Sainteté, que la police du roi est en train d'arrêter en ce moment même tous les templiers du royaume ?

 

Le Pape - Ah ! oui ?  Et de qui le tenez-vous ?

 

J.B. - Je croyais vous l'avoir dit, votre Sainteté, de mon parrain et du Grand Visiteur, Hugues de Pairaud.

 

Le Pape - Mais voyons, c'est impossible ! Le Roi n'aurait tout de même pas osé ? Je viens de le voir à l'instant et il ne m'en a rien dit !

 

J.B. - Vous avez ma parole de chevalier !

 

Le Pape - C'est bon, c'est bon. Vous êtes le premier à me l'apprendre... mais après tout, ce n'est pas impossible. J'aurais même dû m'en douter. Ce Roi est un impie, il ne respecte rien ni personne, pas même les Papes. C'est lui qui mériterait d'être excommunié. Cherche-t-il un nouvel attentat d'Anagni ?

 

J.B. - Le Grand Maître vous supplie de raisonner le Roi  et de mettre un terme à cette escalade dans l'horreur digne de Julien l'Apostat.

 

Le Pape - Mais comment pourrais-je l'arrêter ? Je ne puis l'empêcher par la main militaire ! Il est plus fort que moi.

 

J.B. - Peut-être pourriez-vous l'excommunier, comme vous venez de le dire, votre Sainteté ?

 

Le Pape - Vous n'y pensez pas ! En tout cas, soyez sûr, chevalier, que je ne resterai pas sans rien faire. Ces manœuvres sont intolérables, en effet. Je vais m'expliquer avec lui... Mais vous disiez, chevalier Johan des Baux, que le Roi voulait s'emparer des biens du Temple ? A-t-il un plan à ce sujet ? La chose est-elle possible ? Croyez-vous que Jacques de Molay puisse lui livrer la clef de son trésor ? ... Il devait me remettre des papiers de la plus haute importance : êtes-vous au courant ?

 

J.B. - Heuh !... Oui, je crois...

 

Le Pape - Car naturellement je connaissais depuis des années les problèmes qu'il y avait entre le Roi et l'Ordre...

 

J.B. - Si votre Sainteté parle d'un inventaire des comptoirs de l'Ordre... je peux vous dire que Jacques de Molay n'a pas encore eu le temps de l'établir, d'après ce que m'a dit Hugues de Pairaud... Et cela demanderera d'autant plus de temps que les templiers sont maintenant prisonniers du Roi .


Le Pape - Si l'Ordre devait disparaître corps et âme, de par la volonté du Roi , ses biens reviendraient quand même au Pape, chevalier Johan des Baux, dites-le au Grand Maître, ou même au roi, si vous en avez l'occasion.

 

J.B. - Je n'y manquerai pas, votre Sainteté.

 

Le Pape - Je n'ai nullement l'intention d'abolir moi-même l'Ordre en bonne et due forme, mais par ailleurs, je ne saurais accepter que ses richesses tombent entre les mains du Roi de France.

 

J.B. - Certainement, votre Sainteté. Mais ne faudrait-il pas d'abord délivrer les templiers des griffes du Roi?

 

Le Pape - Je comprends bien votre réaction, chevalier, cependant avec cette affaire des templiers le pays est au bord de la guerre, que dis-je, le pays, la chrétienté toute entière, en Europe et Outre-Mer, est au bord de la guerre. Car les templiers, vous le savez bien, chevalier, sont partout dans le monde. On peut difficilement se passer d'eux... Les chrétiens sont toujours aussi menacés en Orient... J'envisage la possibilité d'une nouvelle croisade...  D'un autre côté, si le Roi s'empare des biens de l'Ordre ne sera-t-il pas capable de faire la guerre à toute l'Europe, voire même au Pape ? Sans parler des guerres civiles ?... Voyez-vous, chevalier, quand on est le Pape on doit penser à l'intérêt de la chrétienté, fût-ce au prix de quelque sacrifice... Les biens du Temple appartiennent au Pape...

 

J.B. - Est-ce à dire, votre Sainteté, que c'est la fin du Temple ? Allez-vous sacrifier le Temple ?

 

Le Pape - Je n'ai pas dit cela. Mais cette hypothèse ne doit pas être forcément exclue, vu la gravité de la situation. Il pourrait y aller du salut de la chrétienté.

 

J.B. - Mais votre Sainteté, d'un point de vue purement chrétien, en quoi les templiers ont-ils bien pu faillir ? Eux qui précisément ont toujours défendu la chrétienté au péril de leur vie ?

Le Pape - "O tempores, ô mores ! " Vous savez ce que disaient les Anciens, chevalier ? Les plus belles choses ont une fin. Dieu seul décide. Laissons faire la providence. Les voies du Seigneur sont impénétrables, disait Saint Augustin... Mais rassurez-vous, Johan des Baux, l' Ordre de l'Hôpital, pour sa part, n'a jamais été menacé par personne... Il pourrait même, vu sa rivalité bien connue avec le Temple, être le seul bénéficiaire de la chute du Temple... J'ai toujours pensé, comme le roi, qu'un seul ordre militaire à l'étranger suffirait pour la France... La richesse des Pauvres Chevaliers du Christ est devenue scandaleuse aux yeux du peuple, vous le savez.

 

J.B. - En définitive, votre Sainteté, puis-je être assuré que le Roi ne pourra que se plier devant les exigences du Pape ?

 

Le Pape - Dites aux templiers, si vous avez l'occasion de les voir dans leur prison, que je ferai pression sur le Roi afin qu'il les relâche, mais dites-leur surtout que le Pape ne permettra pas que les biens du Temple, qui sont les siens, tombent entre les mains du Roi , et qu'il leur réclame toujours et de toute urgence l'inventaire dont il leur a déjà parlé ! J'ajouterai même que, vu leur nouvelle situation, sans cet inventaire le Pape ne pourra plus rien faire pour eux.

 

J.B. - Risqueraient-ils alors le bûcher comme hérétiques, relaps et sodomites, selon la volonté du Roi et de Nogaret ? La Sainte Inquisition les soumettrait-elle à la question ?

 

Le Pape - Qu'ils livrent leurs biens au Pape ! ainsi sauveront-ils au moins leurs âmes à défaut de leurs corps! On ne peut servir deux maîtres à la fois, et leur maître c'est Dieu, dont je suis le représentant... Il va de soi que si les accusations du Roi étaient fondées, je ne pourrais pas leur éviter le bûcher... Je crois que je vous ai tout dit, chevalier Johan des Baux... A présent, je dois recevoir le Roi ... Vous pouvez disposer.

 

J.B. - (Saluant bien bas, un genou à terre) - Je suis votre très humble et très dévoué serviteur, votre Sainteté.

 

 

ACTE 4

Scène 2

 

(Le Pape, Nogaret et le Roi, le Pape reste seul un instant)

 


Nogaret - Votre Sainteté, sa Majesté le Roi et moi-même nous désirons reprendre nos entretiens.

 

Le Pape - Très bien, Nogaret, dites au Roi d'entrer, je l'attendais.

 

Nogaret (Près des coulisses) - Sire, le Pape vous attend !

 

Le Roi- (Présentations) - Votre Sainteté...

 

Le Pape - Eh bien ! Sire... Reprenons donc nos entretiens sur cette affaire des templiers...

 

Le Roi- Eh bien ! donc, Très Saint-Père, j'étais venu vous demander expressément l'excommunication des templiers, et je souhaitais avoir une réponse ici même...

 

Le Pape - Sire, pour ce qui est de l'excommunication je vous répondrai tout de suite qu'après l'étude de toutes les minutes du dossier, mon conseil et moi-même n'avons pas cru bon de retenir votre proposition.

 


Le Roi- Et comment cela se peut-il donc ? Je rappellerais simplement à votre Sainteté que c'est par la faute des templiers que le peuple est au bord de la révolte et même de la guerre...

 

Nogaret - Votre Sainteté penserait-elle que les accusations selon lesquelles les templiers sont hérétiques, relapses, sodomites et idolâtres sont fausses ?

 

Le Pape - Nous n'avons pas été pleinement convaincus par ces accusations ; nous pensons même qu'elles ne sont que pures calomnies, sciemment organisées...

 

Nogaret - Votre Sainteté mettrait-elle en doute la police et la  justice du Roi?

 

Le Pape - Je n'ai pas dit cela, Nogaret, mais le dossier que vous avez réuni, si intéressant soit-il, ne nous semble pas constituer une accusation suffisante quant à l'excommunication des templiers.

 

Nogaret - Ça alors !

 

Le Pape - Mais nous comprenons fort bien les réticences de sa Majesté, en ce qui concerne les risques de guerres et de soulèvement populaires.

 

Le Roi - Si vous ne les excommuniez pas, alors, que propose votre  Sainteté ?

 

Le Pape - Je vais vous le dire, mais il est d'abord un point que je souhaite éclaircir... Sire, je me suis laissé dire que la  police du Roi , ou si vous préférez, le chevalier Nogaret ici présent, souhaitait s'emparer de l'argent des templiers afin de renflouer le trésor royal, qui,  comme chacun sait,  est par trop  vide.

 

Nogaret - Pures calomnies, votre Sainteté ! 

 

Le Roi - Nous n'ignorons pas la richesse du Temple, et nous croyions avoir été clairs tantôt, en laissant entendre que c'était bien par leurs richesses que les templiers risquaient d'enflammer à leur profit toute la chrétienté !

 

Le Pape - Certes, certes...

 

Le Roi - C'est pourquoi nous pensons, sans vouloir nous emparer des biens des templiers, qu'il faut porter un coup décisif à leur  ambition dévorante... Savez-vous qu'aujourd'hui encore, ils ne cessent d'acheter des terres et d'agrandir leurs domaines ? Aujourd'hui encore, les bourgeois et les nobles les plus riches ne cessent de leur faire des dons, pour sauver leur âme, alors qu'il n'y a même pas de croisade en vue ! C'est inadmissible !... Si votre Sainteté excommunie les templiers, plus personne ne leur donnera des biens et des richesses pour gagner le paradis. Car  enfin, le paradis s'acquiert-il par la richesse?  Le voeu de pauvreté des templiers, est-il oui ou non respecté ? L'évangile, comme me le rappelait Nogaret, est-il oui ou non pour la pauvreté et contre la richesse ?

 

Le Pape - Il s'agit de l'esprit de pauvreté, Sire, de l'esprit seulement ! Ne confondez pas tout. S'il ne s'agissait pas de l'esprit de pauvreté, nous irions tous au paradis droit comme une faucille !

 

Le Roi - J'entends bien, néanmoins les templiers menacent la paix de la chrétienté et du monde par la puissance de leur argent !

 

Le Pape - C'est vrai, c'est vrai, nous sommes les premiers à le reconnaître et nous allons mettre un terme à tout cela.

 

Nogaret - A la bonne heure !

 

Le Pape - Néanmoins nous tenons à rappeler au Roi Philippe ici présent que les templiers sont directement sous nos ordres. C'est donc finalement une affaire intérieure à l'Eglise !

 

Le Roi - Nous n'en doutons pas, et si nous sommes intervenus c'est simplement parce que cette affaire, de par son importance, débordait sur les affaires du royaume, et par ailleurs, nous avons sans doute plus que vous les moyens de mettre un terme aux activités néfastes de cet état dans l'état que constitue le Temple.

 

Le Pape - Roi Philippe, nous n'ignorons pas la force et la puissance temporelles de vos armées et nous espérons bien ne jamais avoir à nous mesurer à elles. Néanmoins, vous m'avez semblé intéressé par le trésor des templiers. Je serai clair, net et précis à ce sujet : le trésor des templiers nous appartient, et l'Eglise en disposera quoiqu'il puisse arriver...

 

Nogaret - Je me permets de rappeler à votre Sainteté que ce trésor n'existe pas, c'est un mythe, ou alors, s'il existe, les templiers sont bien les seuls à savoir où il est exactement.

 

Le Pape - Peu importe ! Je voulais simplement rappeler au roi que même si cela lui venait à l'idée il n'aurait pas le droit de s'emparer de ce trésor, et si cela était, il devrait nous le reverser...

 

Le Roi - Dieu m'est témoin que je ne souhaite pas m'emparer du prétendu trésor des templiers...

 

Le Pape - Je préfère vous l'entendre dire.

 

Le Roi - Nous ne pourrions envisager de nous emparer de ce trésor que pour le bonheur du peuple qui souffre de la disette. Car nous voulons seulement la paix dans le royaume et nous voulons simplement châtier ceux qui la mettent en péril.

 

Le Pape - Bien ! Je crois que vous m'avez compris. Que les choses soient claires... De notre côté, nous ne ferons rien qui puisse attiser la guerre ici ou là dans le royaume de France ou dans l'ensemble de la chrétienté... En conséquence, nous proposons l'abolition de l'Ordre du Temple. Cette mesure, je pense, mettra d'accord le Roi de France et le Pape, et nous éviterons ainsi toute forme de scandale pouvant rejaillir sur l'Eglise.

 


Le Roi - L'abolition de l'Ordre du Temple ?

 

Nogaret - Vous avez bien dit l'abolition ? Personne n'y aurait pensé. Nous demandions plutôt l'excommunication!

 

Le Pape - J'ai dit abolition et non pas excommunication !

 

Le Roi - Mais cette abolition, est-elle déjà décidée ?

 

Le Pape - Non ! nous attendrons le temps qu'il faudra. Peut-être simplement le temps de modérer l'ardeur des tourmenteurs du Roi .

 

Nogaret - Les tourmenteurs du Roi ? Et que dire, votre Sainteté, des tourmenteurs de la Sainte Inquisition ?

 

Le Pape - La Sainte Inquisition ne saurait en aucun cas être comparée à une quelconque police du siècle. Souvenez-vous, chevalier Nogaret, de la parole de l' Evangile :  "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu." La Sainte Inquisition, c'est notre affaire à nous, hommes de l'Eglise.

 

Le Roi - Soit, votre Sainteté, nous nous en remettrons à votre jugement.

 

Le Pape - Bien ! A présent, j'ai souhaité une rencontre contradictoire avec le Grand Maître, Jacques de Molay, et le Grand Visiteur, Hugues de Pairaud, vos prisonniers.

 

Le Roi - Nous souhaitions aussi cette confrontation générale, et c'est même pour cela que nous avons retenu ces dignitaires du Temple auprès de nous.

 

Le Pape - Veuillez m'excuser, je vais moi-même leur dire de venir en compagnie de quelqu'un d'autre que je souhaite voir ici avec nous...

 

Le Roi - Entendu ! Vos désirs sont des ordres, votre Sainteté.

 

 

 
ACTE 4

Scène 3

 

(Le Roi , Nogaret)

 


Nogaret - Sire, vous l'avez entendu ? Le Pape revendique pour lui le trésor du Temple ! Que veut-il donc faire de ses biens ? Jusques ici je croyais que c'était la Couronne et le temporel qui avaient besoin d'argent, et non pas l'Eglise et le spirituel !

 

Le Roi - Soyez sûr, Nogaret, que nous ne nous laisserons pas faire, même si le Pape se méfie de nous. Cette nuit même conformément à notre plan, tous les templiers du royaume seront arrêtés, et non pas seulement ceux de Paris. Qu'on mette enfin la main sur leur trésor !... Vous avez bien fait de dire que ce trésor n'existait pas... Nous pourrons ainsi en disposer plus facilement sans avoir de comptes à rendre au Pape.

 

Nogaret - Je suis à vos ordres, Sire ! Mais pourquoi, par ailleurs, le Pape refuse-t-il d'excommunier les templiers et parle-t-il seulement d'abolir l'Ordre du Temple ? L'abolition ne me semble pas suffisante car ainsi les templiers seraient disculpés, ils s'en tireraient avec les honneurs, il n'y aurait plus de scandale et on ne pourrait plus s'emparer de leurs biens avec l'assentiment du peuple.

 

Le Roi - Le Pape veut faire pression sur nous, en effet, et exercer une sorte de chantage... Si nous faisons mine de nous emparer du trésor du Temple, il fera tout ce qu'il pourra pour nous couper l'herbe sous les pieds. Il est clair désormais qu'il veut le trésor pour lui seul. Ce Pape est un ambitieux. Je n'aurais jamais dû le faire élire.

 

Nogaret - Alors que faire ?... Envisager un accident... comme à Anagni ?...

 

Le Roi - Je vous l'ai dit, Nogaret, il faut prendre le Pape de vitesse. Il faut que cette nuit même le trésor du Temple tombe entre nos mains. Le Pape sera ainsi mis devant le fait accompli et nous n'aurons même pas besoin de l'intimider comme à Agnani. D'ailleurs tout est prêt, je crois, pour l'opération ? Il ne nous reste plus qu'à attendre et au besoin à gagner du temps.

 

Nogaret - Oui, tout est en cours, Sire, et tout sera fait selon votre bon plaisir. J'ajoute que le secret le plus total sera gardé en ce qui concerne l'argent que nous trouverons... Si vous le désirez, je peux partir tout de suite d'ici afin de mieux diligenter les ordres ?

 

Le Roi - Attendez, Nogaret, n'en faites rien, restez avec moi pour cette confrontation avec les templiers. Ce Bertrand de Got semble avoir plus d'un tour dans son sac. Je crains qu'il nous réserve encore quelque surprise. Voyons voir ce qu'il va nous nous dire et aussi ce que vont nous dire ces templiers au sujet de leur trésor. Cela pourrait encore modifier notre plan.

 

Nogaret - Sire, croyez-vous que les templiers aient déjà livré le secret de leur trésor au Pape ?

 

Le Roi - Je n'en sais strictement rien. Nogaret, et  d'ailleurs c'est bien ce que je voudrais savoir. Ces diaboliques templiers ne sont-ils pas capables de se méfier du Pape autant que de nous-mêmes ?... nous allons bien voir...

 

Nogaret - (A voix basse) Les voici qui arrivent, Sire !

 

 

 


Acte 4


Scène 4

(Le Pape, le Roi , Nogaret, J. de Molay, H. de Pairaud, J. des Baux)

 


Le Pape - Sire, voici avec moi le Grand Maître et le Grand Visiteur du Temple, et, à ma demande, voici le chevalier Johan des Baux, de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, que nous avons mandé en sa qualité d'hospitalier et de filleul de Jacques de Molay.

 

Nogaret - Nous connaissons déjà l'hospitalier Johan des Baux. Mais nous aurions pu nous passer d'un filleul du Grand Maître du Temple !

 

Le Roi - Peu importe ! venons-en tout de suite aux faits !

 

Le Pape - Messires les templiers, je ne m'étendrai pas sur tous les crimes dont vous accuse le peuple, tels que la sodomie, l'idolâtrie, les crachats sur le crucifix, etc. Je me contenterai simplement de vous demander si oui ou non vous vous considérez comme des hérétiques ?

 

J.M. - Quelle question ! Assurément pas, votre Sainteté. Nous ne comprenons même pas de quoi on nous accuse, ni en quoi nous pourrions être des hérétiques !

 

H.P. - Ce ne sont là que calomnies, que machinations, complots et pures jalousies envers notre Ordre, votre Sainteté ! Le Temple n'a jamais manqué d'ennemis et à vrai dire, nous sommes habitués à pourfendre les Infidèles dans les terres lointaines. La seule différence peut-être, c'est que cette fois l'ennemi semble "intra muros"... Comme le dit si bien l'Evangile, l'ennemi de l'homme est dans sa maison !

 

Le Roi - Blasphèmes !

 

Nogaret - Vous prendriez-vous pour Dieu, et serions-nous Satan, messire de Pairaud ?... Quelle arrogance, messeigneurs !

 

Le Pape - Je puis concevoir, messires, que vous-même vous n'ayez jamais osé penser être des hérétiques, mais si nous sommes ici, ainsi que sa Majesté le Roi , c'est bien parce que le peuple vous accuse ! Et le scandale est tel, dans toute la chrétienté, que nous avons été obligés d'intervenir.

 

J.M. - Comment ? On dit que le peuple nous accuse, votre Sainteté ? Mais le peuple ne nous a jamais accusé ! Tout au plus s'agit-il de quelques calomnies colportées sciemment par la soldatesque... Quelques policiers, quelques conspirateurs sans doute qui veulent faire basculer l'opinion du peuple contre nous !...

 

H.P. - Je puis vous assurer, votre Sainteté, que nos huit mille commanderies ont dans les provinces les rapports les plus cordiaux avec le peuple, d'autant plus que selon les préceptes de notre Seigneur, il est de notre devoir d'accueillir les pauvres et les publicains.

Nogaret - Et aussi les prostituées ?

H.P. - Même les prostituées, messire Nogaret, et toujours selon l'exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ !

Le Roi - C'est vous qui conspirez contre l'état, qui fomentez des guerres et des révoltes ! C'est sous votre instigation que le peuple de Paris se soulève !... Et n'accueillez-vous pas aussi des pestiférés, des lépreux et des juifs, ceux-là mêmes qui ont crucifié Notre Seigneur ? Ceux-là mêmes qui contaminent nos puits et qui sont responsables de la disette ? J'ai pris des dispositions afin que les juifs que vous protégez soient livrés eux aussi à la Sainte Inquisition. Quant aux femmes juives qui ont commercé avec les templiers, elles seront tondues, lapidées et brûlées vives comme sorcières !

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Le Pape - Sire, vous savez bien qu'une vieille loi octroie deux juifs à tout chevalier ! Les templiers étant des chevaliers, il n'est donc pas étonnant qu'ils aient des juifs sous leur protection !

Le Roi - Je ne le sais que trop, Saint-Père, et cela ne m'étonne pas de la part d'un Pape qui a recueilli en Provence tous les juifs du royaume !

Le Pape - Laissons cela, je vous prie, car ce n'est pas pour cette raison que les templiers sont ici...

J.M. - En vérité, votre Sainteté, je crois qu'on veut faire aux templiers ce qu'on a déjà fait aux prêteurs juifs et lombards : leur voler tout simplement leur argent !

Nogaret - Quelles sont ces insinuations perfides ? Oseriez-vous accuser votre Roi ?

 

H.P. Votre Sainteté, notre Grand Maître fait allusion, je crois, aux 200 000 florins et aux 500 000 francs que le Temple a prêtés au Roi , et que le Roi n'a toujours pas rendus.

Nogaret - Le Roi ne rendra rien ! Votre cadeau était empoisonné puisque l'argent du Roi a perdu de sa valeur et que cela a entraîné des émeutes populaires ! Nous ne cesserons de répéter que ce sont les activités financières illégales du Temple qui engendrent des guerres civiles ! Il est temps de mettre un terme aux activités des templiers !

Le Roi- Et j'ajouterai qu'il n'est pas normal que le Temple échappe à la dîme royale, qu'il exerce sa propre justice et dispose d'une milice armée de 30 000 hommes "par la grâce de Dieu", comme disent ces mécréants...

Le Pape - L'argent du Temple nous appartient à nous, Successeur de Saint Pierre et Représentant de Dieu sur la terre, et nous en ferons ce que bon nous plaira...

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Le Roi- Pape Bertrand de Got, je vous rappelle que c'est moi qui vous ai fait élire à Lyon et que vous m'aviez juré sur l'hostie de remplir le programme en six points qui était le mien ! Le Pape - Je sais, Roi Philippe, et d'ailleurs je m'y suis tenu : j'ai réglé tous les litiges passés que vous aviez eus avec mon prédécesseur, Boniface VIII. Je ne vous dois plus rien. D'ailleurs, mon élection, je la dois à Dieu. Un pape n'a pas de comptes à rendre à un roi !

Le Roi - Dans mon programme, il y avait pourtant un sixième point que j'attends toujours !...

Nogaret - Je me permets de rappeler à votre Sainteté qu'il est inexact de dire qu'elle ne doit plus rien au Roi de France, car, pour commencer, elle lui doit la vie, après Dieu, bien sûr... je suis bien placé pour le savoir...

J.B. - Halte-là ! chevalier ! Quelles sont ces insinuations ? Quant à moi je dirai que nul, pas même les princes de ce monde, ne sont au-dessus de notre Saint-Père, le Pape, ici présent... Si sa Sainteté le permet je me ferais son champion sur le champ et je défierais à l'épée, selon le jugement de Dieu et en vertu des règles de la chevalerie, quiconque l'offensera !   

 

 

(Voir la suite et la fin sur l'autre page de ce blog)

 

 

 

Ci-dessous ma reprise du Pénitencier  de Johnny. Bonne écoute, si vous le voulez bien.           

                                                                                                 

                                                                       

                                         

                                                                                                                                                

Commentaires (2)

chez-raoul le 20/04/2020
J'aime beaucoup. Et je vois que vous n'oubliez pas la signification des Templiers sur le plan symbolique. J'applaudis en frappant 3 fois dans mes mains.
http://chez-raoul.centerblog.net


Michel le 21/04/2020
Merci Raoul pour les templiers qui sont en effet chargés de toutes sortes de symboles et d'enseignements. Un sujet qui m'a passionné, surtout à l'époque où j'ai écrit cette tragédie extraordinaire.


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